J34 lundi 06 juillet 2025 Roundstone – Clifden


Etape 28

Je regarde les gens sur la plage. La plupart arrivent avec une longue parka molletonnée, un peignoir de bain imperméable. Chaud dedans, ciré de marin dehors. Visiblement ils n’éprouvent que peu de difficultés pour rentrer dans l’eau limpide, bleu caraïbe. Certains discutent immergés jusqu’à la taille, d’autres font des longueurs équipés de combinaison. A 14-15 degrés cet équipement peut s’avérer utile. Malgré les encouragements de certains, je n’ai toujours pas franchi le cap … mais ça viendra avant la fin du voyage…

Dernier regard au petit port, à marée basse, de Roundstone.

Comme souvent les matinées sont plutôt ensoleillées nous promettant des journées radieuses, mais les promesses n’engagent que ceux qui y croient et vers midi les paysages se couvrent d’une épaisse couche nuageuse.
Les épaisses herbes luisantes se couchent dans le vent. Coco parle aux brebis. 

Aujourd’hui nous continuons la traversée du Connemara cette terre brulée aux vents etc.. etc.. on connait la chanson.
A perte de vue, des lacs, des champs de tourbe, des moutons et cette impression d’immensité ! Rien n’arrête le regard, rien n’arrête le vent qui nous gifle et nous oblige à pousser fort sur les pédales. Le soleil, parfois, nous fait un clin d’oeil et éclaire un lac ou un rocher. Nous avançons lentement. Pas péniblement, non, on avance au rythme qui nous convient. Cette lenteur accentue cette impression de bout du monde. Il nous faudra trois jours pour traverser cette immensité de lacs, de montagnes et de cotes rocheuses. Une heure aurait suffit en voiture, pour rejoindre Clifden depuis Galway. A vélo le froid pique dans les narines, nous ressentons cette nature sauvage, cette impression de faire corps avec elle, cette complicité égalitaire avec les moutons qui nous fuient dès qu’on sort l’appareil photo mais qui nous regarde d’un air moqueur, le cul au vent pour se protéger la tête. Ils laissent passer les bourrasques au lieu de les affronter. On s’arrête pour s’émerveiller devant un poulain qui gambade, deux lapins qui cherchent la bonne herbe ou un papillon qui se pose sur le guidon pour se reposer. On vit la nature, on fait partie du monde et ça renforce notre empathie et notre bonheur. On ne ressort pas indemne d’un voyage à vélo on revient plus petit par rapport au monde et plus grand par rapport à nous !
Bon la philosophie ça va deux minutes mais il faut pousser sur les pédales si on veut trouver un camping ce soir.

Le mémorial « Alcock et Brown» n’aurait certainement pas attiré notre attention si je n’avais pas lu récemment une nouvelle de Colum McCann « Transatlantic ».
Depuis cette sculpture  en forme d’empennage d’avion, on devine la plaine où John Alcock accompagné de son navigateur Thomas Brown posèrent leur avion le 15 juin 1919 après les 16 heures et 28 minutes du premier vol transatlantique sans escale de l’histoire.
Après avoir subit diverses avaries et complications météo ils atterrirent sur ce qu’ils pensaient être une prairie mais qui s’est avérée être une tourbière. Les roues s’enfoncent, le bombardier bricolé de la première guerre mondiale pique du nez, s’arrête pratiquement à la verticale. Secoués mais sains et saufs les deux aviateurs britanniques peuvent se réjouir de leur exploit.
Depuis cet endroit, mon bouquin prenait vie, la prairie imaginée au sud de Clifden se matérialisait.
A l’endroit précis où ils touchèrent la terre, une autre statue à été érigée. Nous aurions pu y aller … à pied !
Coïncidence … ou pas (?) ils atterrirent tout près de la station de Guglielmo Marconi qui permettait depuis 1907 d’offrir, pour la première fois dans l’histoire, des communications intercontinentales régulières.
C’est depuis cette station que nos deux héros communiquèrent leur exploit …

Mémorial premier vol transatlantique sans escale par Alcock et Brown.


Clifden semble être une petite ville agréable et touristique. On ne fera que passer pour rejoindre le camping du jour.

Résumé
Distance 42,76 km
Dénivelé 294 m D+
Météo : vent, beau le matin, nuageux, pluie dans la nuit

Hébergement : Camping

Une réponse à « J34 lundi 06 juillet 2025 Roundstone – Clifden »

  1. Avatar de frederiquehallard1
    frederiquehallard1

    JJ, philosophe autoproclamé, s’est récemment lancé dans une œuvre magistrale intitulée « Des animaux, des nuages et de l’avion qui fait vroum ». Avec la grâce d’un hérisson dans un jacuzzi, il y décrit la beauté de la nature — celle des champs de tourbe majestueux, des lapins émotifs, des brebis multicolores et des papillons paresseux, ces philosophes incompris de la lande irlandaise. Mais le clou du spectacle, c’est quand il narre le vol transatlantique d’Alcock, le célèbre aviateur britannique qui n’a pas seulement défié les lois de la gravité, mais a prouvé qu’on pouvait se poser sur des tourbières. Un exploit que même un autre JJ dans ses confessions aurait applaudi…

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